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#12 – Lettre à un jeune entrepreneur : « génie incompris », comme un artiste ?

Cher A.,

De ton email, je retire l’impression que tu es dans la posture du “génie incompris”. Ca fait des mois, dis-tu (plus d’un an, en fait) que tu pousses ce projet d’app mobile qui devrait révolutionner les relations entre les gens.

Et malgré les qualités de ton projet, les portes semblent se fermer devant toi, les unes après les autres : bourses, investisseurs, clients, partenaires.

Pourtant tu ne démords pas de ta vision, et tu en viens à penser que les autres sont cons.

Face à cela, j’ai envie d’offrir la réflexion suivante :

Une vision partagée, c’est le début d’une aventure.
Mais si après autant de temps et de développements, tu es seul à avoir cette vision… c’est probablement une hallucination.

Artistes / entrepreneurs : mêmes combats ?

loneliness

En y regardant de plus près, on peut trouver plusieurs points de ressemblance entre l’artiste et l’entrepreneur :

1. Une envie d’imprimer une marque sur le monde :

De ce point de vue, si l’on regarde Dali, Picasso, on voit qu’ils sont animés par une énergie, un besoin de créer, que ne renieraient pas des Steve Jobs ou Elon Musk.

2. Des égos surdéveloppés

Pour pousser de telles visions, dans la durée, contre vents et marées, les artistes comme les entrepreneurs ont souvent développés des égos surdimensionnés : assurance dans la vision, exigence vis-à-vis des collaborateurs, communication omniprésente,…

3. Des génies qui cartonnent… et des génies incompris

Devant les grandes réussites, on crie au génie… en pensant que c’est dû surtout au talent (ou a la chance). On oublie les milliers d’heures que les uns et les autres ont mis à peaufiner leur art, leur flair du bon filon. Pour les plus talentueux, le succès est au rendez-vous, selon un mix variable de : argent, reconnaissance, statut.

De nombreux autres, par contraste, restent sur les bords du chemin, parfois avec un talent que l’on peut juger quasi égal, mais qui n’a pas rencontré son marché.

Dans un cas comme dans l’autre, le succès a beaucoup à voir avec la capacité à savoir se vendre.

4. Une instabilité d’emploi et de carrière

En dehors des stars de l’art, et des licornes du monde startup, beaucoup d’artistes -et d’entrepreneurs- se retrouvent souvent dans des situations inconfortables : on ne s’est pas payé pendant plusieurs mois, on attend la grosse commande qui doit venir, on veut continuer à y croire (mais l’entourage commence à avoir des doutes)…

On se rêve Picasso, on termine barbouilleur de province.

On se rêve “prochain Facebook”, on termine modeste startup de 3 personnes, à la merci de ses clients.

5. Un mythe romantique

Malgré les inconvénients, les hauts et les bas, le statut d’artiste dégage une sorte d’aura qui semble continuer à attirer l’intérêt, la curiosité, voire même l’envie. Depuis une paire d’année, un magnétisme similaire semble se dégager autour de l’entrepreneuriat, au point que diverses grandes entreprises se sentent obligées d’organiser des événements entrepreneuriaux pour rester dans le coup.

Quelques différences

A côté de ces points de similitude, il existe une poignée de différences :

1. Responsabilité : solo ou collective ?

A la différence de l’artiste, qui n’entraîne que à peu près lui-même, l’entrepreneur (comme c’est ton cas, cher A.) a parfois embarqué une poignée de personnes dans l’aventure.
Ceux-là, sur seule base de la vision de l’entrepreneur, ont laissé de côté d’autres boulots, et comptent sur le succès pour financer leur vie, leur maison, l’établissement de leur famille. Des espoirs à manier avec précaution.

2. Formation et coaching

On peut se former à la “technique”, en art comme en entrepreneuriat. Mais souvent, pour véritablement percer, la connaissance académique ne suffit pas. Le coaching existe peut-être pour les artistes, mais les entrepreneurs eux, ont une panoplie beaucoup plus large d’outils et d’aides pour les aider à avancer (ce qui veut souvent dire “se confronter au marché”).

Attention là aussi à ce que les égos surdimensionnés peuvent être un antidote radical pour toute tentative de coaching. L’entrepreneur qui ne sait pas prendre le coaching (ou le prend émotionnellement, pour sa personne, alors que ça devrait rester un échange d’idées) risque alors de se mettre en position de déni ou de rejet (ce qui peut être rapidement dangereux pour le projet).

3. Partenariats

L’artiste reste généralement fort seul (à part son galeriste ou agent). L’entrepreneur a cette chance, parce qu’il est dans le circuit économique, qu’il devrait pouvoir trouver d’autres entités dont les intérêts peuvent s’aligner ou se combiner aux siens. C’est une des qualités repérées par la théorie de l’effectuation : les entrepreneurs sont adaptatifs et ont souvent une capacité à créer des partenariats de façon parfois imprévisible…

Voilà cher A., quelques réflexions que m’inspire ton trajet de “génie incompris” dans ton projet entrepreneurial.

L’été est peut-être un moment propice pour t’interroger sur les espoirs mis en toi par ton entourage (à commencer par tes collaborateurs et employés), et voir si des questions d’égo ne sont pas dans le chemin d’un coaching que tu reçois par ailleurs…

Bonne réflexion !

R.

Roald Sieberath est multi-entrepreneur, actuellement co-fondateur de Swan Insights. Il est également coach pour divers accélérateurs, dont LeanSquare et StarTech.

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