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#20 – Lettre à un jeune entrepreneur : cesse de rêver aux licornes, et bosse comme un cheval !

Cher X.,

Merci pour ton email. On y sent tout ton enthousiasme fébrile pour le fabuleux monde des startups, où les lendemains chantent en binaire, où l’exit en centaines de millions est en vue (ce point qui brille à l’horizon).

En particulier, on te sent une affection et une admiration certaine pour ce nouvel animal fétiche de la planète startup : la licorne.

Les licornes ont été définies ainsi dans un article de Aileen Lee, comme les startups qui ont atteint une valorisation de 1 milliard de dollars. Depuis, la presse, l’imaginaire populaire des entrepreneurs s’est emparé de ce nouveau concept “magique” : on trouve des listes de licornes, des listes de licornes européennes (oui ça arrive aussi par chez nous !) et même des événements pour “baby unicorns” ! Enfin, cet animal rarissime semble se reproduire, puisque l’on est passé de 39 licornes recensées en 2013 à plus de 100 aujourd’hui…

Et je rencontre de plus en plus de jeunes entrepreneurs qui rêvent de devenir licorne.

Ce que l’on peut en retirer

Il y a bien entendu une série d’enseignements à retirer de cette apparition de licornes. Le simple fait que l’on puisse atteindre en quelques années de telles valorisations témoigne de l’hyper-croissance, rendue possible par les vagues entrecroisées et cumulatives de l’hyper-connectivité, les réseaux sociaux, les smartphones.

En regardant de plus près, on peut aussi démonter certains mythes ou tirer certaines leçons :

  • non, le fondateur n’est pas toujours un jeune “twenty something” à peine sorti de l’université (dans l’article de Aileen Lee, la moyenne d’âge était de 34 ans) ;
  • ce n’est pas un sprint, c’est un marathon : le succès semble instantané… quand on y est ; mais les licornes avaient mis en moyenne 7 ans à atteindre de telles valorisations ;
  • le “fondateur”… était généralement une équipe, qui se connaissait déjà, où il y avait déjà une expérience d’une startup précédente…

Ce qui est certainement utile également, c’est de réaliser que ces licornes peuvent avoir une croissance aussi rapide bien souvent dans des marchés qui ont été laissés en jachère par des “dinosaures” : des grandes entreprises (ou monopoles, comme celui des taxis), qui n’ont pas innové et ont juste vécu d’une situation de rente. C’est sans doute un front de grandes batailles en cours et à venir : le combat des licornes et des dinosaures

Chasser les licornes : à laisser aux investisseurs

En tant qu’entrepreneurs, ces hyper-startups nous laissent rêveurs. On peut bien sûr s’inspirer de quelques traits, ou de quelques bonnes recettes de “growth hacking” (encore que : elles ne sont souvent pas applicables comme telles).

Mais en dehors de ces inspirations, la poursuite de la licorne est un sport qui s’avère chimérique pour l’entrepreneur moyen. Ca l’est déjà moins pour un investisseur, pour un fond de VC qui a de la vision et des moyens : on est alors dans une logique de “portfolio”, et l’on peut miser sur des secteurs qui émergent soudainement comme en hyper-croissance.

Mais la poursuite du « secret de la licorne » reste une aventure extrêmement périlleuse, mon bon Milou !

Pour le reste des entrepreneurs parmi nous, sans vouloir doucher votre enthousiasme, je souhaiterais pointer quelques éléments de mise en garde sur cette fascination avec ces animaux étranges.

Les licornes sont des animaux chimériques

Ce n’est pas pour rien que l’on a choisi ce terme : les licornes sont des animaux chimériques. La majorité des gens pensent qu’ils n’existent pas, ou alors dans des légendes. Les statistiques font ressortir que les licornes représentent moins de 0.1% des startups financées par les VC (qui eux-mêmes ne sélectionnent environ que un dossier sur cent) ! Autant dire que vous avez plus de chance d’être frappé par la foudre que de voir pousser une corne au milieu de votre front.

De plus, la plupart des licornes sont apparues dans des conditions très particulières, dans un “bouillon de culture” très difficilement réplicable ailleurs, de disponibilité de talents, de capitaux, dans des marchés ultra-rapides, où le timing est extrêmement important.

Valorisation à 1 milliard

Déjà, pour apprécier le critère “startups qui valent plus de 1 milliard”, il faut comprendre comment se calcule cette valorisation. Elle est généralement donnée par un “funding event”, un événement dans l’histoire du financement de cette startup. On entend que telle startup (assurément prometteuse) a levé 5, puis 10, puis 40, puis 100 millions… mais on ne sait pas quel pourcentage de ses actions elle a cédé en échange de ce montant (plus techniquement, les actions n’ont pas été cédées, mais des actions nouvelles ont été créées, sous forme d’augmentation de capital).

Parfois une startup est tellement en vogue que les investisseurs se pressent pour y entrer, avec leur ticket de 20 millions. Si la startup ne veut lâcher pour cela que 2% de son capital (et que l’investisseur est assez fou ou parieur que pour l’accepter), elle se retrouve catapultée dans la cour des licornes. On se souviendra que Microsoft avait reçu seulement 1,6% des actions Facebook alors qu’ils avaient investi $240M en 2007, ce qui avait catapulté la valorisation à 15 milliards (dans le cas d’espèce, Facebook a bien confirmé sa valeur, ce n’est pas le cas de toutes les licornes).

Le fondateur ne sera pas nécessairement milliardaire

Quand une licorne est rachetée pour 1 milliard en cash, là au moins c’est clair : elle valait bien ce montant là (au moins aux yeux de l’acheteur). C’est généralement un événement heureux pour le fondateur. En espérant qu’il n’ait pas été trop dilué lors des tours précédent. Il est tout à fait possible que après quatre ou cinq rounds, l’équipe de fondateurs en soit réduite à moins de 10% (soit environ 3% chacun…) ce qui fait tout de même 30 millions par personne, c’est très bien, mais loin du milliard, qui aura surtout profité aux VCs.

Les licornes meurent aussi

A l’inverse de James Bond (qui ne meurt jamais), les licornes peuvent s’écrouler. On peut songer à fab.com, qui a été un moment le chouchou de la vente en ligne de design. Puis qui s’est effondré dans une descente fracassante (lire p.ex. « The Tech Titanic »)

Ou à des startups comme color.com, qui avait levé 40 millions, pour finalement échouer. A présent, dans les cercles éclairés, on tient déjà des listes des licornes qui risquent bien de se planter… C’est dire la vanité (et la volatilité) de ce statut.

Pour l’imiter : c’est trop tard

Une chose est sûre : quand l’entrepreneur débutant entend parler d’une licorne… c’est qu’elle est sans doute à son 3e ou 4e tour de financement, et qu’elle a été repérée depuis bien longtemps par des analystes, par d’autres entrepreneurs, qui ont démarré une copie (dans le sillage de Groupon, par exemple, il y a eu rapidement LivingSocial et d’autres « copycats »).

Bosser comme un cheval

Pour une inspiration plus saine, l’image du cheval est plus adéquate. Des entrepreneurs-chevaux, j’en rencontre tous les jours. Bien sûr il y a des purs-sangs, qui peuvent être très performants (mais se cabrent parfois sous le coup d’un caprice). Il y a également le “cheval de trait” (“workhorse” en anglais, qui est connoté beaucoup plus positivement), qui abat le travail jour après jour. Qui est sur la route à démarcher ses premiers clients, qui peaufine sans relâche son produit sur base de leur feedback. Si l’on regarde de plus près l’histoire de pas mal de licornes, leurs fondateurs avaient ce type de démarche obsessionnelle.

Dans tous les cas, un cheval est toujours dans l’instant ; il n’over-analyse pas : il est dans l’action, dans le prochain pas.

Un exemple qui peut être emblématique à ce titre, c’est Basecamp. Cette société existe à présent depuis 10 ans, n’a jamais pu être qualifiée de “licorne”, et pourtant elle vit bien, avec sa cinquantaine d’employés, qui suffit à faire tourner le service pour des millions de clients ! A lire : l’analyse de son fondateur, le génial David Heinemeier Hansson (également accessoirement le père de Ruby on Rails)

Donc cher X., oui tu peux rêver aux licornes, mais un tout petit peu alors ! Quelques minutes, pour y trouver un brin d’inspiration. Puis rentrer dans ta journée, avec l’ardeur et le courage d’un cheval.

Au trot !

R.

Roald Sieberath est multi-entrepreneur, actuellement co-fondateur de Swan Insights. Il est également coach pour divers accélérateurs, dont LeanSquare et StarTech.

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