Blog

Les dernières infos de LeanSquare

#7 – Lettre à un jeune entrepreneur: comment avoir LA bonne idée de startup?

Cher P.,

Tu m’expliques dans ton email que tu sens que l’entrepreneuriat est fait pour toi (tu as testé ta motivation entrepreneuriale), que tu as compris quelques principes clés.

Seul hic : tu n’as pas d’idée de startup, et tu te demandes comment en avoir.


Je pourrais te référer au débat “une idée ne vaut rien, seule compte l’exécution”, mais cela ne résoudrait pas ta question.
La meilleure chose à faire, c’est de ne pas chercher à pondre des idées de startup : quand l’exercice est trop forcé, trop artificiel, on arrive à des idées de startups “pour séries télés” (ça “sonne” comme une bonne idée, mais ça n’aurait aucune chance dans le marché).

L’histoire des startups est remplie de success stories de gens qui n’essayaient pas spécifiquement de créer une startup :

  • la première version de Yahoo était un annuaire que Jerry Yang avait réalisé quasiment pour l’usage de ses proches ( sur sa workstation personnelle akebono.stanford.edu en janvier 1994, le domaine Yahoo.com n’a été activé que un an plus tard… )
  • c’est inspiré par la collection de dispenseurs Pez de sa femme que Pierre Omidyar a finalement créé eBay, géant du web ;
  • Marc Andreessen (sans doute un des prodiges de l’histoire du Net, à présent un des investisseurs les plus fameux de la Silicon Valley) n’essayait pas de créer une startup en 1994 : il essayait surtout de créer le premier browser qui intégrait image et texte sur la même page…

Qu’y a-t-il de commun à ces histoires ? Ces fondateurs n’étaient pas en train d’essayer de trouver “une idée de startup”, mais bien de résoudre le problème de quelqu’un, de répondre à une demande (parfois latente).
Donc, mon conseil (simple) serait : ne cherche pas des “idées de startups”, mais cherche à résoudre des problèmes.

Ca a sans doute davantage de chances de marcher si :

1. Tu résouds des problèmes que tu as toi-même, ou que tu connais bien
“Scratch your own itch”, disent les américains, ou : “on se gratte mieux quand ça nous démange”.
On est parfois étonné par certains entrepreneurs qui partent à l’attaque d’un marché… sans quasi rien connaître à ce marché ! Si tu es développeur web, tu es sans doute compétent pour développer un portail web pour le marché p.ex. immobilier ; mais si tu ne connais rien à la dynamique, aux usages, aux acteurs de ce métier, tu vas sans doute commettre un grand nombre d’erreurs avant de trouver ta place.

2. Ce sont des problèmes “douloureux” pour certains
C’est la bien connue différence entre les aspirines et les vitamines : il est plus facile de vendre des aspirines (parce qu’elles répondent à un “pain”, à un point de douleur concret, immédiat) alors que les vitamines ont sans doute un bénéfice, mais lointain, dans le futur, au point d’en devenir peut-être invisible…
Si tu t’attaques à un véritable “pain”, et que tu peux le résoudre, tu devrais trouver des clients prêts à payer pour cela.

3. Tu ne prends pas pour argent comptant les avis des potes

En tant que coach, je rencontre souvent des porteurs de projets qui avancent, à l’appui de leur idée : “j’en ai parlé à X ou Y qui ont trouvé l’idée très bien”. Quand parfois un haussement de sourcil involontaire m’échappe, ils s’inquiètent : “et quoi, vous, vous le trouvez comment le projet ?”
C’est sans doute une des naïvetés récurrentes des jeunes entrepreneurs : un manque d’esprit critique quant à ce qu’ils considèrent comme une validation.
L’avis des amis est rarement une validation (ils vont dire “ouais, c’est bien !” par faiblesse, pour faire plaisir, parce qu’ils ne connaissent pas vraiment le marché cible, etc.)
Un client qui est prêt à acheter votre MVP, ça c’est une validation bien plus concrète…

Le critère le plus important :

Bill Gross est un des entrepreneurs que j’admire le plus, depuis plus de 15 ans. Il a créé Idealab en Californie, une sorte de laboratoire pour incuber et accélérer des dizaines de projets. Il a donc beaucoup de recul et d’expérience pour jauger de ce qui contribue au succès ou à l’échec d’un projet, et l’a partagé lors d’une récente présentation à TED.
Cinq critères clés sont ressortis :

  • business model
  • l’équipe
  • l’idée extraordinaire
  • le timing
  • le funding

Chacun de ces critères peut contribuer grandement au succès, bien entendu.

Mais en examinant les chiffres de plus près, à son étonnement, LE facteur le plus critique, c’est … le timing.


Et de fait, lorsque l’on regarde l’un ou l’autre succès récents, comme Airbnb : le projet avait des qualités bien entendu, mais est arrivé sur le marché à un moment où ce marché était mûr, où la crise se faisait sentir et poussait le public vers des alternatives moins chères aux hotels, etc.

Voilà sans doute un conseil utile, avec lequel terminer : un entrepreneur est généralement intensément curieux, lit et observe beaucoup, ce qui lui permet de synthétiser et concrétiser des tendances qui sont “dans l’air du temps”, souvent un peu avant que le reste du public ne s’en rende compte.
Ayant un “coup d’avance”, il va alors développer son projet, qui sera prêt au moment où le public lui aussi sera prêt pour ce nouveau type d’offre.
Une autre grande qualité d’une idée, à mes yeux, c’est qu’elle soit facilement et rapidement testable (selon les préceptes MVP de l’approche lean startup). Cela ne signifie pas qu’une idée plus futuriste (que l’on ne peut pas tester facilement) sera moins bonne (ou meilleure)…mais simplement qu’on ne le saura que plus tard, parfois trop tard pour ajuster.

Je te souhaite donc une excellente chasse à la “bonne idée”, avec l’oeil ouvert sur le bon timing.
Une fois l’idée trouvée, bien entendu, tout reste encore à faire ! :-)

R.

Roald Sieberath est multi-entrepreneur, actuellement co-fondateur de Swan Insights. Il est également coach pour divers accélérateurs, dont LeanSquare et StarTech.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>