Blog

Les dernières infos de LeanSquare

#8 – Lettre à un jeune entrepreneur: attention à soi ! (dans le Tornado)

Cher P.,

Par le ton et les anecdotes de ton email, je sens assez aisément que tu es en plein dans ce que l’on appelle les “montagnes russes de l’entrepreneuriat”.
Tu passes de l’excitation de ce premier contrat à ce souci du cash qui va manquer le mois prochain ; des divergences de vue avec tes associés à la tension que le lancement de cette entreprise crée dans ta vie de couple.
Welcome to startup life ! 

Les américains appellent “emotional rollercoaster” ce côté montagne russes que sont souvent les premières années d’une startup.
entrepreneur fail-EmotionalRollerCoaster-copy

A petites doses, où les quelques mois que durent une programme d’accélération, ça va encore.
Quand ça s’étale sur des années, et que la palette inclut des choses de moins en moins “fun” (comme rester plusieurs mois sans pouvoir se payer, ou devoir se séparer d’un collaborateur et ami…) il y a des risques que s’installent des choses plus pernicieuses : stress, mauvaises habitudes de santé, voire dépression, ou même burn-out. A ce moment là, ce n’est plus à Walibi que l’on se sent, mais bel et bien dans la tempête…

Désolé si ceci ne colle pas avec l’image que l’on donne généralement de l’entrepreneuriat (dans la presse, les vidéos de “storytelling”, l’imaginaire collectif) : l’équipe soudée et souriante, d’entrepreneurs enthousiastes, qui célèbrent les lendemains qui chantent en binaire. Ce “mythe romantique” de l’entrepreneur est sans doute utile pour susciter les vocations, mais ne doit pas empêcher de voir une autre réalité aussi, l’envers d’un certain décor.

Je ne voudrais pas jouer le rabat-joie, mais il y a quelques années, j’avais fait le tour d’une dizaine de startups qui avaient 5 à 7 ans d’existence : les 3/4 d’entre elles avaient connu des événements “durs », comme burn-outs, séparations, ruptures.

Cela m’a rendu particulièrement sensible à ce “paramètre” crucial de l’équation entrepreneuriale : la personne de l’entrepreneur lui-même, au centre du projet.
On peut remarquer d’ailleurs que ce côté humain est absent de nombreuses grilles d’analyse de projets. Le Business Model Canvas n’en parle guère (à moins de le considérer comme “Ressource”). Et la plupart des analystes qui se penchent sur les dossiers vont plutôt s’inquiéter du niveau du cash-flow que de celui du moral !

Pourtant, j’ai récemment eu la confirmation de certaines intuitions avec mon amie Régine Sponar (dont je parraine le projet de spinoff sur la prévention du burn-out) : bien des éléments qui contribuent négativement au risque de burn-out font quasi partie intégrante du startup lifestyle (l’attention fragmentée entre de multiple sollicitations, réseaux sociaux, email, etc.)

Pas étonnant que en Californie, la méditation soit de plus en plus pratiquée parmi les cadres et CEO de startups et d’entreprises (en particulier le mouvement dit “mindfulness / pleine conscience”, initié à Boston par Jon Kabat-Zinn, et représenté dans nos contrées par p.ex. Pleine-conscience.be )
Si l’on revient revient à notre tableau de départ, des montagnes russes émotionnelles, la pratique de la pleine conscience permet au moins de mettre les émotions à distance, de les observer plutôt que de s’y identifier.

Il existe bien d’autres manières de se rééquilibrer, bien entendu, qui vont de la pratique du sport, ou de la musique, des loisirs en général (qui deviennent plus rares quand on est en mode startup). Mais la mindfulness a ceci d’intéressant que l’on peut l’intégrer quasi à tout moment de la journée, dès que l’ébauche d’un stress survient.

De manière générale, l’entrepreneur aguerri aura souvent une attention particulière à son développement personnel, à son écologie intérieure. Les freins au développement d’un projet sont bien plus souvent à chercher dans le facteur humain que dans les cases d’un Excel ou d’un BMC. Les grandes entreprises sont progressivement sensibilisées à l’importance du bonheur pour leurs « RH » (voir ce que fait Laurence Vanhée), mais les entrepreneurs ont tendance à rester des loups solitaires…

Dans un autre registre (mais proche), quelqu’un comme Tony Schwartz porte le message “don’t manage your time, manage your energy”. Il s’agit de ne pas être pris par une todo list infinie, comme un hamster dans son rouleau, mais de s’assurer que l’on est bien connecté à ses 4 sources d’énergie : Body / Emotions / Mind / Spirit (pour le dire en anglais). Ce message, qui aurait peut-être semblé « new age » il y a 10 ans, trouve aujourd’hui sa place dans la prestigieuse Harvard Business Review, ou fait l’objet d’un séminaire pour le top management de Google.

Le sujet est bien trop vaste pour une seule lettre, mais j’espère que tu peux comprendre ceci, cher P. : il ne sera pas possible de supprimer cette réalité des “montagnes russes émotionnelles”, quasi inhérente à l’entrepreneuriat. Mais par contre on peut choisir une façon d’y réagir, et on peut muscler sa capacité à y réagir. C’est une compétence, et elle peut être apprise et/ou coachée.

Je rêverais que chaque entrepreneur puisse trouver le temps d’introduire une louche de cette attention à soi, dans le mix de tout ce qu’il a à gérer. Ainsi, en étant  centré, présent, il est mieux à même de garder son sang-froid, et de prendre les bonnes décisions.
Voilà ce que je te souhaite.

 

R.

Roald Sieberath est multi-entrepreneur, actuellement co-fondateur de Swan Insights. Il est également coach pour divers accélérateurs, dont LeanSquare et StarTech.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>