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#3 – Lettres à de jeunes entrepreneurs: guerre des drones et explosion cambrienne

Cher B., Chère S., Cher X.,

J’ai bien reçu vos messages divers, qui avaient un gros point commun, celui de me parler de votre projet innovant… autour des drones, c’est pourquoi je me permets de vous répondre collectivement.Drones

Oui, ces nouveaux objets volants, quasi inconnus il y a encore seulement 3 ans, sont en passe de devenir des produits de masse.

Et donc, des jeunes entrepreneurs comme vous s’en emparent, et proposent toutes sortes d’applications : l’un va révolutionner le transport de colis, l’autre l’agriculture, l’autre encore la photo aérienne pour l’immobilier.
Tout cela est très bien, et vous semble particulièrement innovant : vous n’avez jamais rien vu de semblable !

Mais je voudrais attirer votre attention sur ceci : cette opportunité des drones est un bon exemple de ce que l’on peut appeler une “explosion cambrienne” de startups dans un domaine.
cambrian explosionQu’est-ce à dire ? Il s’agit d’une analogie avec ce qui s’est passé à l’ère du cambrien (il y a 540 millions d’années) où il y a eu la génération d’une énorme diversité d’espèces vivantes, dont un grand nombre a été éliminé par la sélection naturelle de l’évolution. La métaphore a été utilisée par divers analystes du monde entrepreneurial pour désigner la prolifération de projets quand un secteur arrive subitement à un seuil de hype ou de maturité. Cela se produit régulièrement, dans des niches comme les apps de retouche photo, les smartwatches, les sites de la sharing economy.

Il y a donc, rien qu’en Belgique, des dizaines de projets autour des drones. trends_coverUn récent Trends/Tendances en avait même fait sa cover story. C’est un véritable escadron de drones, qui débarque en vrombissant, sur la Belgique. Et sur les autres pays.

Parce que vous devez bien vous dire qu’il y a certainement 2 ou 3 personnes qui ont presque exactement la même idée que vous ! Des effets d’annonce comme celui d’Amazon ont mis les drones sur le radar de milliers d’entrepreneurs et autres opportunistes.

Tout cela n’est pas bien grave, mais il s’agit d’être conscient des conséquences qu’il y a à lancer un projet dans un marché en « explosion cambrienne » : c’est que tout comme au cambrien, certaines espèces vont disparaître (faute d’être adaptées à leur environnement), vont être englouties par d’autres (mangées / rachetées), certaines enfin vont devenir progressivement dominants dans leurs sous-niches.

Ceci va probablement aussi avoir un impact sur des incumbents, des acteurs existant dans des niches similaires depuis longtemps. On peut penser aisément à Flying-Cam, leader mondial des caméras volantes (et dont la maîtrise et l’expérience fait qu’ils sont choisis pour filmer les scènes des James Bond). Ou à GlobalView, davantage local, qui réalise des photos aériennes depuis plus de 10 ans, au départ de petits dirigeables puis d’hélicoptères. Ces acteurs et d’autres vont certainement être questionnés, challengés par l’arrivée des drones. Ils vont peut-être se retrouver entraînés dans le grand bouillonnement sélectif d’une explosion cambrienne. Et bien entendu, les secteurs les plus challengés seront sans doute ceux qui ne sont pas « dans l’air », parce qu’ils auront encore moins vu venir l’attaque des drones.

Ceci étant dit, comment faire pour donner les meilleures chances à vos projets ?

  1. Ne vous trompez pas de marché : ne commettez pas l’erreur de penser que vous êtes dans « le marché du drone« . Il n’y a pas de marché du drone, mais une industrie du drone (où l’on retrouve pèle-mêle Parrot ou… l’un des 400+ listés ici). Là où il existe des marchés, ce sont pour des segments d’application : selon que l’on se destine à l’usage de transport, à l’usage militaire, ou au film de loisir, on entrera sur des marchés différents, avec leurs caractéristiques et dynamiques particulières.
  2. Menez l’enquête : l’apparition d’un tel marché est l’occasion de développer de façon aiguisée des qualités clés de l’entrepreneur : la curiosité et la veille stratégique. Et ne regardez pas juste autour de vous, en Belgique ; regardez ceux qui innovent dans le marché global. Renseignez-vous sur ce qui se passe « là où ça bouge » : aux Etats-Unis (pas uniquement en Silicon Valley), en Israël, en Chine, en Scandinavie
    Allez faire un tour sur KickStarter, où vous allez tomber (sur votre QI) devant plus de 200 projets de drones
  3. Think different : voilà une première remarque assez banale (encore soulignée par l’usage de l’anglais), mais bien réelle. Une fois que vous aurez mené l’enquête, il va s’agir de prendre un angle d’attaque différent pour vous distinguer de ce que vous avez vu. Comme par exemple le Nixie, premier drone wearable. Ou près de chez nous, prenez exemple sur notre ami Laurent Eschenauer, qui prépare Fleye, le premier drone caméra complètement safe pour le grand public. Au passage, ce véritable geek (qui est également double ingénieur avec 10+ années d’expérience, le talent ça s’improvise rarement) a déposé un brevet sur un mécanisme qui rend son drone extrèmement safe : il est impossible de s’y prendre les doigts ! (un avantage compétitif, mais qui pourrait aussi donner lieu à des diversifications ou autres modèles de revenus, par licence)
  4. Connaissez votre marché cible : on l’a dit, il s’agit de viser à créer de la valeur dans le marché d’application ; or vous venez pour la plupart avec une expérience du drone, pas une expérience de votre marché. Si par exemple vous voulez faire du transport, allez longuement interviewer des responsables de sociétés de transport (voire mieux : associez-vous à l’un ou à l’une !)
  5. Nul n’est censé ignorer la loi : souvent ces marchés en explosion cambrienne débarquent dans des contrées nouvelles, qui n’ont pas été balisées par le législateur. On peut songer à l’impact de Uber, ou de Djump (c’est du belge ! ;-) ) sur les taxis de Bruxelles ou Paris. Les technophiles rêveraient que ça soit plutôt « la loi ne devrait pas ignorer que tel nouveau développement existe »… Mais les législateurs n’avancent pas à la même vitesse que les ingénieurs. Et en attendant, il s’agit de bien veiller à ces contraintes légales ou régulatoires qui peuvent freiner un développement. A noter que l’apparition d’un cadre légal peut également aider à matérialiser une opportunité, comme ce fut le cas avec avec NewPharma, dont un co-fondateur (notre ami Olivier Mallue, par ailleurs actuellement coach au VentureLab) me confirme qu’ils s’étaient préparés et ont lancé officiellement le surlendemain de la publication au Moniteur autorisant les pharmacies à vendre en ligne en Belgique…

Donc le ciel des drones est prometteur… mais particulièrement encombré. D’ici 5 ans, on y verra sans doute beaucoup plus clair.

Pour ma part je souhaite bien entendu, cher B., chère S., cher X., que chacun de vos projets se retrouve parmi les futurs leaders. Mais j’espère que vous aurez pu glaner ici et là quelques conseils utiles pour éviter d’être les maillons faibles de la chaîne de l’évolution.

Bon vol !

R.

PS : ceux qui sont dans un secteur autre que les drones peuvent également se demander si ils ne sont pas dans une explosion cambrienne. Auquel cas, beaucoup de ce qui est dit ici peut bien entendu s’appliquer à eux, mutatis mutandis…

Roald Sieberath est multi-entrepreneur, actuellement co-fondateur de Swan Insights.
Il est également coach pour divers accélérateurs, dont LeanSquare et StarTech.

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